Cher Journal

Patate Douce (3/3)

28 décembre 2020

Revenir sur mes dates foireux n’est pas simple, d’ailleurs j’omets certains détails parce que je n’en suis pas fière. Mais je me dis qu’avec le recul, je pourrais mieux comprendre ce qui clochait et ainsi m’épargner quelques souffrances à l’avenir.

Par exemple, en racontant l’histoire avec Patate Douce, certaines anecdotes me paraissent absurdes après coup. Je ne peux pas m’empêcher de penser que ça aurait pu jouer en ma faveur si j’avais écrit plus tôt, genre entre 2 dates vu les délais qu’il y a eu entre. Mais le mal est fait, alors autant essayer de tirer profit de cette expérience, ne serait-ce qu’en évitant qu’elle se reproduise.

Patate Douce est une sorte de geek rompu aux sites de rencontres, il maîtrise particulièrement Adopte un mec, sur lequel il a créé un compte quand il avait 18 ou 19 ans, soit depuis environ 8 ans au moment où je fais sa connaissance. Il est plutôt introverti et n’est pas très bon en drague physique, de son propre aveu, alors le virtuel est pour lui le moyen de se démarquer et de rencontrer des filles plus facilement. Il m’a dit n’avoir eu que très peu de vraies relations, en revanche je pense qu’il multiplie les conquêtes passagères. Je pense que Adopte est son terrain de jeu, qu’il a développé un rituel minimaliste, des techniques qui marchent, comme celle de revenir quotidiennement sur la page de sa proie, qu’il a utilisée pour moi.

Cette aventure m’apprend que je ferais bien de me fier davantage à mon instinct, parce que je ne lui ai parlé tout de suite, il y avait des trucs qui me gênaient dans sa bio. Il a fallu plusieurs jours, puis un peu navrée de constater que c’était le seul mec à peu près potable qui cherchait à me parler et que ceux que je voulais m’ignoraient, j’ai cédé. Ca commençait mal, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de choisir quelqu’un par défaut, en dépannage, quand il n’y a pas vraiment d’attirance. Cependant, des présentations merdiques peuvent cacher des profils très intéressants, malheureusement pas en l’espèce.

Dans cette histoire, j’ai parfois laissé passer des comportements odieux, avant de les dénoncer. J’ai lu quelque part que les gens nous traitent comme on veut bien qu’ils nous traitent. Ici, je ne peux que le confirmer : le fait d’avoir d’abord accepté sans broncher plusieurs comportements douteux ont fait que le mec a par la suite essayé d’aller un peu plus loin à chaque nouveau rapport. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin en même temps ? C’était comme un challenge pour lui. C’était trop tard pour revenir en arrière et illusoire de penser que le mec allait oublier et reprendre à zéro comme si de rien n’était. Au passage, ce n’est qu’en regardant la série « I may destroy you » que j’ai commencé à admettre la gravité de certains de ses actes.

Le paradoxe c’est que j’ai pris du plaisir durant nos rapports, tout n’était pas raté. Les 2 premières fois, il me répétait que j’étais belle ou bonne et il s’extasiait tellement sur mes seins (qu’il pensait refaits) que ça m’a fait les aimer davantage, moi qui les imaginais en début de fin de course. C’était plus compliqué que tout blanc ou tout noir, mais comme souvent quand un homme fait l’amour avec moi, j’ai l’impression de lui être redevable et je n’ose pas trop me plaindre. Alors que clairement c’est lui qui devrait m’être redevable dans cette histoire, c’est pas pour rien qu’il ne voulait pas que je quitte son harem virtuel.

Avec cette histoire, je ne peux que constater que mon enfant intérieur n’est toujours pas guéri, on dirait que certaines fois quand je me suis tue j’avais peur de me faire engueuler et surtout de le décevoir. On dirait aussi que j’étais résignée, comme si finalement je le méritais un peu, parce que pas assez belle, trop grande, trop hors-normes, trop en retard sexuellement et sentimentalement…

Je ne regrette pas d’avoir rencontré Patate Douce, je me demande juste comment j’ai pu tenir autant de temps avant de le rembarrer. En réalité, ça n’a pas duré si longtemps : de juillet 2019 aux derniers sms en août 2020, avec une pause de 7 ou 8 mois avant le second rendez-vous (dont 4 ou 5 sans contact), puis la pause confinement/Covid pile après le second date (j’aurais dû me douter que l’univers m’envoyait un message). Mais émotionnellement, les phases chaud/froid, soit « on va se voir puis en fait non », ont bien occupé la moitié de mon année 2020, sans que je n’en parle à quiconque, à part une fois vite fait dans une conversation où on me demandait si je voyais des gens avec en sous-texte « parce que quand même il serait temps ».

La bonne nouvelle, c’est que cette fois c’est fini, cette histoire n’a plus qu’à s’enfouir dans les tréfonds de cette année 2020. S’il venait à me relancer, je serais armée pour l’envoyer bouler une nouvelle fois.

Je pourrais aussi parler de ce caviste que j’ai vu 2 fois durant l’été 2020, que j’ai adoré découvrir à une terrasse, au coucher du soleil et qui a perdu tout son attrait à mes yeux lorsque je l’ai revu au grand jour, mais je crois que je n’aurais pas grand chose à ajouter, car pour le coup ça s’est arrêté au bon moment. Finalement, on dirait bien que j’avance petit à petit.

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